HAMMERSCHMITT (Markus) - NANOTIKAL

dimanche 10 juin 2007 , par blynt

12 juin 2136. "Les Mayas, maîtres des nanotechnologies, dominent l’Espagne. Sur les ruines de Compostelle se dresse la puissante cité-Etat de Nanotikal.

En ce monde fondé sur un ironique retournement de l’histoire, voici deux hommes , miroirs involontaires l’un de l’autre , happés dans un engrenage de complots parallèles. L’un , Yaqui, est un "ahaw" de haut rang, censeur supreme de Nanotikal ; l’autre, Enrique, appartient à la résistance espagnole contre l’occupant."

Je reprends à dessein le résumé de 4è de couverture pour prévenir un lecteur potentiel que le roman ne développe rien d’autre si ce n’est de le prolonger sur 300 pages ...

POURTANT, le titre NANOTIKAL laissait suggérer un réel intérêt pour un amateur de civilisations précolombiennes en particulier (et le lecteur de SF en général).

D’autant que le roman signe son ambition dès avant le début par un aphorisme gravé dans le marbre de la page d’accueil : "une civilisation est une erreur avec laquelle un certain nombre de gens ont appris à vivre". Le ton est donné, NANOTIKAL sera profond, philosophique, définitif. Mais si Hammerschmitt évoque Nietzsche, nous sommes tentés de convoquer en retour Dante par "Lecteur, entre dans ce roman et abandonne tout espoir".

POURTANT, cet ouvrage regorge de "nano-idées" séduisantes mais toujours insuffisamment exploitées à tel point que nous ne capterons jamais le véritable projet de ce livre (et donc pourquoi ceci plutôt que rien ?!).

POURTANT, chaque chapitre débute par une accroche , un compte à rebours, basé sur la succession des jours sur le calendrier Maya associé au grégorien avec un idéogramme Maya mais tout ceci ne "sert" pas le récit et son ambition ne se résume qu’à la forme.

De même, le contexte de cette "uchronie" (ou de ce futur antérieur) présentant la domination Maya sur les Espagnols apparaît riche d’opportunités romanesques et de prolongements historiques (sorte de "Reconquista" à l’envers ou encore la référence à la "guerre civile" avec la résistance....) mais jamais Hammerschmitt n’explique les sources de cet environnement historique ou politique ni n’exploite vraiment les références de la mythologie Maya pourtant extrêmement variée.

POURTANT, les cinquante dernières pages densifient quelque peu le récit alors que le roman entier aurait pu profiter de l’ensemble de toutes les bonnes nano-idées afin de le complexifier ("pierre à modeler"-armures de survie paritculièrement performantes...ou encore la trame du complot politique entre les pouvoirs mayas et catholique...).

MALHEUREUSEMENT, le fond du roman correspond à sa couverture : collage d’images, de références où se juxtaposent l’Antiquité précolombienne et une image hautement technologique sans que le lien entre elles ne s’effectue de manière pertinente.

Ce roman semble correspondre à une suite d’associations d’idées sur fond d’ébauche en cours d’un récit en construction : un nano-roman pour un un nano-intérêt.

Pour finir, on découvre un auteur peut-être plus influencé par des images de Moebius que par une ambition littéraire : on pense à des illustrations intégrant des sources inspirées de la culture Maya associées à un univers de SF ou encore l’INCAL (que l’on pourrait reconnaitre dans "l’arme absolue" du roman se partageant en deux parties et se liquéfiant vers la fin du roman...).

Après la lecture d’un ouvrage d’ESBACH, celle de NANOTIKAL déçoit beaucoup d’autant que la fin (ouverte ou non finie ?) apparaît comme amputée de plusieurs pages voire d’un chapitre ...

 
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