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Rencontre avec Alain Damasio (6/13)

Mai 2006 à Lannion

jeudi 1er novembre 2007 , par Nath, TiToc’h

Je faisais des essais. Je me positionnais, je me mettais à l’abri, en contrevent, puis je ressortais, je ramenais des sensations, je regardais ce qui flottait et c’est là que j’ai appris plein de choses, sur la façon de se positionner face au vent, de sentir comment le bas du pantalon claque et puis vous tire les tibias, comment çà claque aux manches, les sensations que vous avez, comment il faut vous placer etc.

Pérégrine : Je vais aborder maintenant un thème tout à fait différent. Nous avons cru noter que dans la Horde, il y avait de nombreuses références sportives. Celles qui ont paru les plus évidentes c’était au rugby, à la voile, aux arts martiaux, au cerf-volant. Est-ce que c’était simplement utile au récit ou est-ce que c’est l’expression de votre tempérament ?

Damasio : Non, non, c’est l’expression du tempérament. Moi, je l’ai dit, j’ai commencé petit, je faisais du foot, j’adorais çà. Je pense que le cœur de mon éducation a été fait, comme tout le monde, entre dix et quinze ans. J’avais un père qui était entraîneur de foot et qui était extrêmement dur, extrêmement exigeant. Moi, j’étais milieu de terrain défensif, un rôle très ingrat, j’étais le tacleur de service ! Mais j’ai toujours adoré le sport, je trouve que cela m’a énormément aidé à me construire, à écrire aussi parce que on retrouve des même logiques de sportif quand on écrit, c’est à dire qu’il faut être en bonne forme physique. Très important, la forme physique au moment où vous écrivez ! Quand vous faites un jet, si vous n’êtes pas en forme, ce n’est pas la peine d’écrire. Pour moi, en tout cas, c’est comme çà. Quand j’écris, je m’isole. En Corse, là, je m’étais isolé, je faisais des séries de trois semaines tout seul, isolé dans un petit village dans le Cap Corse, où il y avait trente habitants. Et puis, j’étais même à l’extérieur du village, donc j’étais vraiment tranquille. Je faisais deux ou trois heures de sport par jour, souvent de la rando, rando-vélo, je nageais aussi. Et pour moi, c’est indispensable, cela monte le niveau physique et cela donne vraiment la gnaque et la pêche : quand vous écrivez, vous avez l’énergie pour écrire. Donc, c’est fondamental. Le cerf-volant, j’en avais fait un petit peu, mais je suis nul. Le boomerang, j’en ai fait pas mal, mais j’en ai perdu beaucoup aussi, des boomerangs. J’en ai perdu un gros paquet dans le maquis. C’est chiant le boomerang : dès qu’il y a un peu de vent, vous êtes mort ! Donc, à 20 euros le boomerang, çà m’a couté assez cher. J’en ai vraiment perdu un gros paquet, mais j’adore çà, je trouve çà fascinant d’envoyer un objet avec toute la violence que vous pouvez, et il revient dans la main. Donc, j’adorais faire çà. C’est très con, ce sont des choses toutes bêtes mais j’adore jouer au freesbee. J’ai fait un peu de char à voile aussi à cause de la Horde. J’ai beaucoup aimé, mais j’étais mauvais aussi. En fait, je fais plein de sports, en étant mauvais, mais çà m’aide à comprendre le fonctionnement. Et puis quand vous écrivez, cela permet d’avoir la sensation en vous, et donc vous êtes beaucoup plus exact que si vous délirez. De toute façon, dans tout livre, c’est la même technique que dans l’Actor’s studio ou n’importe quel travail de comédien : il faut que au maximum vous soyez dans votre personnage, dans votre univers. Par exemple, je prenais le bateau entre le continent et la Corse, entre Marseille et Bastia, et j’adorais quand il y avait du mistral à 100 km/h et qu’il était en plus dans le sens du bateau, je montais sur le dernier pont et je faisais des essais. Je me positionnais, il y avait.. vous savez, il y a une sorte de cabine en haut, donc je me mettais à l’abri, en contrevent, puis je ressortais, je ramenais des sensations, je regardais ce qui flottait et c’est là que j’ai appris plein de choses, sur la façon de se positionner face au vent, de sentir comment le bas du pantalon claque et puis vous tire les tibias, comment çà claque aux manches, les sensations que vous avez, comment il faut vous placer etc. Et tout çà, il faut le faire, il faut travailler, voilà. Il y a un vrai boulot de fond, les autres auteurs le disent, je pense, mais il y a un boulot de fond en préparation puis, quand vous êtes dans le livre, pour être au plus près de ce que vous faites. Pareil, il y a tout un passage dans la flaque de Lapsane où ils nagent pendant des heures : c’est tiré de la nage que je faisais quand j’étais en Corse. Je mettais le masque, je nageais une heure et puis je voyais ce que cela donnait, les sensations que j’avais. Alors je ne nageais pas, évidemment, dix heures comme eux, mais avec une heure de nage, au bout d’un moment, vous commencez à sentir des choses, sur l’épaule qui grince, sur la raideur de la nuque etc. vous avez des choses qui viennent et cela vous aide après à écrire, donc il faut au maximum se coller, se colletiner, et puis c’est une question de probité par rapport au lecteur.

Pérégrine : Est-ce que vous avez déjà joué au rugby, car il y a beaucoup de connotations à ce sport dans la Horde ?

Damasio : Au rugby, je n’y ai jamais joué. J’aime bien le rugby, mais pas plus. Je suis beaucoup plus foot. Mais par contre j’ai toujours été intéressé par le pack. Toutes ces notions de pack et tout ça c’est passionnant. Quand il y a une mêlée de voir qu’avec le même nombre de personne en face, des fois ça recule énormément alors qu’ils ont la même puissance physique globalement. Un pack Français, un pack Anglais qui ont la même force physique, qu’est ce qui fait qu’à tel moment du jeu ça recule ou ça avance ? Qu’est ce qu’il se passe ? L’état d’esprit rentre énormément en compte. Ca me passionnait d’avoir ça. J’ai repris les termes de rugby. De la même manière sur le contre, j’ai repris des termes du foot. Contrer c’est vraiment remonter. J’ai pris ça, ça me paraissait évident. C’est une culture, oui, je lis « L’équipe ». Je suis un vrai beauf moyen. Rires ! Je regarde la télé, j’adore le Mondial et tout ça ! Ca m’aide. Moi mon rêve c’est d’écrire un texte sur le foot. Mais bon j’y arriverai peut-être un jour, je ne sais pas ? C’est fascinant les passes. Je verrais bien une polyphonie avec les passes. Comme ça ce serait génial… Un jour ? Mais vous savez qu’Ayerdhal et Bordage aiment bien le foot aussi. Bordage aime bien le basket aussi, le rugby et le foot. Peut-être qu’un jour il y aura truc en SF avec les footeux de la SF ? Rires !

Ted Y Bear (Pérégrine) : On avait discuté avec Bordage, et il disait qu’il avait un projet sur le sport…

Damasio : Ah oui c’est possible, mais moi j’essaie de le bassiner en disant qu’il faut qu’on fasse un truc avec ça. Mais c’est possible ? Ayerdhal adore le foot. Il a joué au foot assez longtemps ! Il a failli être professionnel à St Etienne donc il y a une bonne source aussi.

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