Norman Spinrad - Rêve de fer

mercredi 31 juillet 2013 , par David Soulayrol

Rêve de fer, c’est en fait Le Seigneur du Svastika, un roman écrit par Adolf Hitler. Parce que dans une réalité différente de la nôtre, ce dernier a émigré aux États-Unis où il a pu mettre en pratique les talents graphiques qui, aux dires de ses contemporains, lui faisaient cruellement défaut ici. Puis, de boulots d’illustrateurs en tenue de fanzine, il en est venu à l’écriture.

Le Seigneur du Svastika est un roman de science-fiction (prix Hugo posthume et uchronique en 1954) qui prend place longtemps après un holocauste nucléaire. Les populations ont presque toutes été touchées par les radiations et exhibent des difformités variées tout en subsistant dans une grande pauvreté matérielle. Feric Jaggar lui est un Purhomme, un fier représentant de Heldron, pays épargné par ces maux et dont la race est restée saine, qui rentre d’exil après avoir enduré une enfance pénible au milieu de la lie de l’Humanité. Il hésite entre une carrière politique ou militaire. Mais son souhait le plus cher est de débarrasser la Terre de ces êtres avilis, et particulièrement des Dominateurs qui utilisent leurs pouvoirs psychiques pour construire un empire sur l’asservissement des Hommes.

Ne commencez pas ce roman si vous ne supportez pas les descriptions grandiloquentes. Car ses héros, avec à leur tête Jaggar, sont des hommes virils et parfaits, détaillés à grands traits dithyrambiques, et qui s’illustrent dans des actions plus qu’épiques qui confinent au ridicule. Et ne le lisez surtout pas non plus si vous ne pensez pas pouvoir supporter la répétition ad nauseam des termes race, pur, gène, répétés en boucle toutes les trois lignes. Car Hitler reste lui-même, dans cette réalité comme dans la nôtre, et étale une idéologie haineuse et obtuse, avec force duels et batailles décrites de manière emphatique.

Longtemps le roman de Spinrad a été accusé d’apologie du nazisme, et même interdit. Ceux qui soutiennent cette thèse auront donc pris au premier degré le style lourd, ampoulé et farci de poncifs du récit, ce qui est, au mieux, faire injure à son auteur. C’est aussi probablement pour certains une inaptitude à distinguer le narrateur de l’auteur, et à prendre du recul par rapport à une œuvre. C’est enfin ici passer à côté de ce qui est fascinant et proprement inquiétant ; ces moments où les mots relatifs à la race et à la pureté génétique s’espacent, où la lourdeur du style se fait oublier, et où reste, l’espace d’une seconde, le récit héroïque d’un homme qui mène à la victoire son armée en écrasant l’ennemi au terme d’une bataille homérique. Alors on mesure, lorsqu’on reprend conscience de l’univers dans lequel cela se passe, de la fragile distance entre le culte des héros de la fantasy ou de la science-fiction et celui qui sous-tend le fascisme.

De la même manière, la mouvance absurde du décor du roman permet de renvoyer dos à dos les héros des récits de space opera et les héritiers de Conan le barbare ou des personnages de Edgar Rice Burroughs. Car si le récit débute dans un univers empruntant aussi bien à l’ambiance post-apocalyptique de Mad Max que de l’heroic fantasy, où les hommes se battent avec des masses et où le moteur à essence, très rare, constitue le summum de la technologie, il s’achève trois cents pages plus loin et seulement quelques mois plus tard dans un futur où Heldron maîtrise de nouveau les armes les plus modernes et où les manipulations génétiques sont devenues chose aisée pour ses scientifiques.

Mais ces détails auront sans doute échappé aux détracteurs du roman, qui auront probablement également arrêté leur lecture avant d’arriver à la postface, monument de pastiche psychanalytique qui décode le roman d’Hitler tout en apportant un bel éclairage sur le monde dans lequel il a été écrit.

- Norman Spinrad, Rêve de fer

  • Editeur : Folio SF (Janvier 2006)
  • ISBN : 2-07-032052-9

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