Enki Bilal - la tétralogie du monstre

dimanche 10 décembre 2006 , par yann

Vous en avez peut être entendu parler, Enki Bilal vient de publier le 3e opus de la tétralogie du monstre : Rendez-vous à Paris.

Véritable mythe dans le monde de la BD (mais aussi dans le cinéma), Bilal nous montre un monde qui fait froid dans le dos...

Bienvenue dans un (son ? notre ?) univers d’anticipation / science fiction...

4e de couverture

La tétralogie du monstre est une histoire à trois voix. Celles de Leyla, Amir, et Nike. Trois orphelins de Sarajevo aux quatre coins du monde. Il s’agit avant tout un travail sur la mémoire, Mémoire individuelle, collective et prospective, où se mêlent des images écrites de l’éclatement de la Yougoslavie, « lieu » de naissance d’Enki Bilal, et des images peintes d’une étrange conjugaison passé-présent-futur. Mémoire potentielle aussi, plausible et pourtant à éviter, dans la mesure du possible. Une mémoire qui n’aurait tiré aucune leçon sérieuse du trop extraordinaire vingtième siècle. Note d’espoir, cependant, à laquelle tient beaucoup l’auteur : ses personnages ont encore besoin d’aimer.

* présentation :

Contrairement à ce qui était prévu, Rendez vous à Paris ne clôture pas la série. La trilogie du monstre devient la tétralogie du monstre. Bilal s’explique :

"le sujet même de la tétralogie du monstre ne pouvait se faire dans un style traditionnel. Cela aurait été trop narratif, une sorte de redondance avec le texte. Or le texte dans Le sommeil du monstre est fondateur et nécessite une liberté graphique. En m’embarquant dans ce découpage assez souple, j’ai été amené à envisager un 4e volume devenu nécessaire." Pour ma part je trouve que cela enlève un petit peu à l’histoire. Comme il est dit dans le résumé : "La tétralogie du monstre est une histoire à trois voix."

Tout dans cette série tourne autour du chiffre 3, mais du coup, le nombre de tomes ne suit plus. Bilal nous fera-t-il une surprise et finira sur une histoire à "4 voix" ? Le futur nous le dira...

Ce qui est surprenant dans cette série c’est l’évolution du style de Bilal (4 ans entre chaque tome il a le temps). Le premier tome nous montre le contexte, la folie des hommes, la violence du monde. 32 décembre porte sur la manière de s’en sortir, d’évoluer dans ce monde à travers trois points de vue. A ce stade on se demande encore comment ça va finir et quel est le but réel. Rendez vous à Paris est clair : tout a été dit. Seules comptent les retrouvailles des trois orphelins.

L’un se souvient de tout depuis sa naissance : Nike. il va vouloir retrouver les deux autres, qui ne le connaissent pas encore.

Etrangement Nike ressemble beaucoup à Enki Bilal (physiquement). Dans une interview où on lui demande s’il est plus Warhole ou Nike il répond :

(rire) Je me sens plus Nike car je me sens plus humain qu’inhumain. Je ne peux pas trop parler de Warhole car je vais développer cet aspect du personnage qui, quelque part, est le plus important de ce travail. Je l’aime beaucoup, je commence à m’y attacher sérieusement donc il va forcément finir par faire le bien - je le dis car comme ça je n’aurai pas le choix de me renier (rires). J’ai envie de l’aimer, Warhole, c’est quelqu’un qui joue avec l’infiniment grand (le cosmos, il a quelque chose à voir à mon avis avec Mars) et l’infiniment petit, la technologie, l’origine de la vie. Donc c’est quelqu’un qui ratisse extrêmement large, il est un petit peu l’emblème de ma démarche : je ne peux pas imaginer une histoire qui se passe aujourd’hui avec les références du passé si je n’ai pas les conséquences dans l’avenir.

De plus, on peut faire un parallèle avec son âge : Bilal bien que né en 1951 paraît 45 ans maximum, et de l’autre côte, Nike, lui a 33 ans et en paraît plus de 45...

Toute son oeuvre est caractérisée par cet effet du temps, les héros sont "sans âge". Son univers est figé dans le temps. Effet statique renforcé par la narration : contrairement à la BD traditionnelle, elle se fait par la pensée et non le dialogue, ce qui est beaucoup plus statique. Mais ces deux moyens donnent tout le caractère à cette BD : le fait de n’avoir presque que des pensées ou de courts dialogues donne un côté noir, déprimant, qui s’allie parfaitement à l’horreur qu’inspire ce futur...

S’oppose à cela, le mouvement qu’il met dans ces dessins, par exemple ce dessin

Lien pour la vidéo du journal de Fr3 : 20h : enki bilal

Pour résumer, c’est une série à posséder absolument, Bilal est selon moi le plus grand auteur de BD actuel (et même passé). N’hésitez pas, achetez là.

Le seul point noir est qu’il met environ 3-4 ans pour sortir un nouveau tome, donc il faut être patient...

Bonne lecture à tous

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