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Rencontre avec Pierre Bordage (1/16)

Octobre 2005 à Lannion

mardi 6 février 2007 , par Association Pérégrine, Vero

Rencontre avec Pierre Bordage, vendéen de naissance, et de cœur, auteur prolifique qui compte déjà une trentaine de romans à son actif, dont certains ont été primés : Les Guerriers du Silence : Grand Prix de l’Imaginaire et Prix Julia Verlanger 1994, Wang : Prix Tour Eiffel en 97, et plus récemment Les Fables de l’Humpur : Prix Paul Féval en 2000. Pierre Bordage est plus un auteur de romans que de nouvelles, il aime et il excelle à développer des personnages qui sont à la fois riches, contrastés, sensibles ; il s’est essayé à plusieurs reprises au genre du space-opéra – avec les Guerriers du Silence - mais il n’hésite pas non plus à s’attaquer à d’autres genres : le roman pour la jeunesse chez Gallimard, la trilogie d’anticipation presque quasi-contemporaine qu’il a amorcée avec l’Evangile du Serpent, ou alors plus récemment le roman de fantasy historique, l’Enjômineur, dont d’ailleurs le deuxième volume vient de paraître aux Editions de l’Atalante.

Pérégrine : La première question qui nous vient à l’esprit, c’est : comment ce petit garçon passionné de lecture est-il devenu écrivain, et pourquoi la science-fiction ?

Pierre Bordage : Je ne pense pas qu’on devienne écrivain, mais plutôt qu’un jour l’écriture vous choisit. Elle vous taraude ou vous pousse tellement que vous n’avez plus d’autre choix que d’écrire. Déjà quand j’étais petit, j’adorais écrire, j’adorais raconter des histoires. Après, j’en ai un peu perdu le goût du fait de l’école, et de son cortège d’obligations, concernant le français par exemple. Ce goût pour l’écriture m’est revenu en première année d’université. Ce fut par l’intermédiaire d’un professeur qui nous a proposé un atelier de création littéraire, où le principe était : « je veux que vous écriviez. N’importe quoi, mais je veux que vous écriviez, donc je note le nombre de pages, et non pas ce qu’il y a sur les pages. ». C’est un principe un peu idiot mais très libérateur. Cet atelier-là m’a redonné le plaisir d’écrire. Et l’année suivante, j’ai commencé à rédiger une sorte de roman, mi-SF, mi-fantastique, que j’ai essayé de faire publier, sans succès. Il a fallu alors que je travaille. Cette envie d’écrire m’est à nouveau revenue à 30 ans. Simplement il m’a fallu six mois pour rédiger les Guerriers du Silence. Puis il m’a fallu sept à huit ans pour le faire publier.

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Le point de départ, c’était vraiment cet atelier de création littéraire en fac. Il y a eu aussi – toujours en première année de fac - un cours de littérature comparée consacrée à la science-fiction américaine de l’âge d’or (Simak par exemple). A l’époque, je ne connaissais pas la science-fiction, je n’avais jamais lu de livre estampillé SF, mais j’avais lu des mythologies - j’adorais ça -, et quand j’ai lu mon premier livre de science-fiction - Chroniques Martiennes de Ray Bradbury, j’ai ressenti exactement le même vertige que je ressentais quand je lisais des mythologies : c’est une littérature qui transportait, qui emmenait. Ca m’a ouvert des perspectives, je me suis mis à lire les auteurs de l’âge d’or américain, Herbert, Heinlein, …

Cette première année de fac a été très importante. Outre le fait que j’y ai rencontré ma femme, j’ai découvert la science-fiction, redécouvert le plaisir de l’écriture. Ca a vraiment été une pierre très importante pour moi.

Quand à 30 ans j’ai écrit les Guerriers du Silence, ça m’est vraiment tombé dessus. C’est comme si j’avais retenu ce besoin d’écriture depuis trop longtemps. Entre temps, j’avais travaillé, j’avais un peu d’argent et j’avais un peu de temps devant moi. Vraiment ce livre m’est sorti, il a jailli, ça a vraiment été pendant six mois un jaillissement. C’est pour ça que je dis que c’est l’écriture qui m’a choisi, ce n’est pas moi qui l’ai choisie, je ne pense d’ailleurs pas que c’est le genre de métier qu’on choisit.

Pérégrine : Et pourquoi la science-fiction en particulier… ?

Pierre Bordage : Comme je vous l’ai dit : de ma première année de fac. Ensuite, j’ai lu beaucoup de SF – mais pas seulement. Et ça s’est fait naturellement quand je me suis mis à écrire. Je ne me suis pas posé la question de savoir ce que j’allais faire comme genre : c’était Les Guerriers du Silence, donc il se trouve que j’ai fait un space-opéra. En fait, j’avais été beaucoup marqué par Dune, c’était un livre de chevet, une référence. Quand je me suis lancé dans la rédaction de ce livre, je me suis arrêté au bout de 700 pages, en me demandant : « Qu’est-ce que je fais avec ça ? » je ne me rendais pas compte qu’à l’époque la science-fiction française était totalement sinistrée – c’était quasiment impossible de faire publier un livre de cette nature à ce moment-là. C’est pour ça que j’ai dû attendre 7 ou 8 ans, il a fallu entre autres que l’Atalante se crée. C’est difficile, car j’ai l’impression de ne pas avoir eu le choix ; c’est la vérité, je n’ai rien choisi. Tout s’est fait comme ça, par des concours de circonstances.

D’autre part, je suis venu à la science-fiction, parce qu’à mes yeux, c’est la mythologie moderne. C’est comme ça que je la ressens. On a besoin de mythologies, quitte à s’en fabriquer. Et je pense qu’après la révolution industrielle et l’évolution technologique, l’homme a un réel besoin de s’interroger à nouveau sur sa propre nature, et donc de recréer une sorte de mythologie.

Ca me plaît aussi, tout simplement.

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