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Rencontre avec Pierre Bordage (9/16)

Octobre 2005 à Lannion

dimanche 27 mai 2007 , par Nath, Vero

Pérégrine : On peut peut-être maintenant aborder l’aspect plus technique de votre écriture, et je pense que certains élèves du lycée ont des questions à vous à poser à ce propos.

Public : Vous dîtes que vous n’utilisez pas de plan, et je me demandais si vous ne prévoyez pas quand même certaines fins ou certains passages dans vos romans ?

Pierre Bordage : Cela dépend des romans : il y a des romans qui me viennent dans une sorte de globalité, où je sais à peu près où vont mes personnages. Bon, les Guerriers du silence, je ne savais pas du tout où ils allaient. Je suis parti avec Tixu d’abord, j’ai rajouté le premier chapitre après -c’est pour ça qu’il est très lourd d’ailleurs, c’est un chapitre d’exposition très très lourd, mais bon, je ne peux plus le changer maintenant, je ne peux plus le désagréger- mais je suis parti avec Tixu et cette jeune fille qui arrive dans son agence et qui dit : "si vous ne me faites pas un voyage gratos, en gros le monde est perdu, quoi." Et je ne savais pas du tout où j’allais. Je suis parti avec mes personnages, j’ai tout découvert au fur et à mesure. Wang était différent. Wang, m’est venu en globalité. Le monde s’est posé tout seul, et je ne l’ai pas écrit. Mais dans ma tête tout était assez clair : la séparation du monde en deux blocs, les personnages, ce qu’ils allaient faire, et pourquoi. Donc tout cela m’est venu globalement. Après le point de départ peut être l’envie d’explorer un personnage, dans Abzalon par exemple. Pour Abzalon, mon idée c’était d’explorer la rédemption ; je prend le pire personnage : il est monstrueux, il est d’une force incroyable, il – excusez-moi Mesdames – tue les femmes en leur arrachant le crâne et en prenant le cerveau quand il y en a un - pardon pardon pardon ! je ne le pense pas du tout. Donc je me suis dit : "comment peut-on s’identifier à un personnage comme celui-là ? Comment on peut l’amener à changer tellement qu’on puisse le trouver sympathique ? Et cela a fonctionné sur beaucoup de lecteurs, qui m’ont dit : "c’est incroyable, ce personnage n’a rien pour être aimable, et finalement on finit par l’aimer." C’était ça le but d’Abzalon, ça a été vraiment ça de travailler sur la rédemption. D’autres après, comme la trilogie des prophéties, sont issus de réactions à l’actualité. En fait, pour le premier, l’Evangile du serpent, il y avait très longtemps que j’avais envie d’écrire un évangile moderne, calqué sur les évangiles canoniques, c’est-à-dire ceux de l’Eglise, avec quatre évangélistes, Marc, Luc, Matthieu et Jean, qui sont un peu transposés dans le livre, et de poser la question : "Et si un Christ ou quelqu’un comme le Christ revenait à notre époque, comment réagirait-on par rapport à lui ? Est-ce qu’on ne finirait pas par le massacrer comme on l’a massacré il y a 2000 ans ? Et même, qu’est-ce lui apporterait de nouveau, de fondamentalement nouveau dans notre monde ? Ensuite dans l’ange de l’abîme, j’avais l’intention de faire une Apocalypse, et puis il y a eu le 11 septembre 2001. Alors c’est incroyable, le jour où c’est arrivé, les avions dans le World Trade Center, j’étais au téléphone avec un copain new-yorkais, Clark MacAllan, qui m’appelle pour je ne sais plus quoi, et d’un seul coup il s’interrompt et il dit : eh vas voir la télé, et il voyait lui, le new-yorkais, cela arriver en direct sur la télévision. C’était assez stupéfiant. Donc il y avait ce phénomène-là, puis il y a eu la la réaction au 11 septembre. Et j’ai trouvé qu’on ne se posait pas les bonnes questions sur le 11 septembre, qu’on désignait des ennemis un peu vite, et qu’on mettait en branle les vieux réflexes organiques presque, européens, qui sont très dangereux, parce que dans l’histoire ils ont fait beaucoup de dégâts. Je me suis dit que la réflexion n’était peut-être pas faite dans le bon sens. Cela doit nous interpeller sur autre chose, cette histoire. Donc j’ai fait l’Ange de l’abime. C’est donc un livre de réaction pure à ces événements-là. Même chose pour Les chemins de Damas, avec tout le débat sur l’Europe, sur le libéralisme, le libéralisme avancé, décomposé même, on peut dire.

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